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Diapason
Le diapason désigne à la fois
la note dont la hauteur sert de référence pour l'accord
des voix et des orchestres et l'instrument en forme de U qui produit
cette note. Peut-être l'avez-vous aussi déjà
vu chez votre médecin de famille, alors que ce dernier testait
(grossièrement) votre audition? Simple, peu onéreux,
stable et ne nécessitant pas d'alimentation électrique,
le diapason fut longtemps un standard de fréquence apprécié,
utilisé aussi bien pour mesurer des intervalles de temps
que pour comparer des fréquences entre elles. Aujourd'hui,
un peu délaissé, il présente néanmoins
des propriétés acoustiques toujours aussi riches et
inattendues.
Le diapason tel qu'on le connaît aujourd'hui
a été inventé au début du Mlle siècle
par le luthiste anglais John Shore : il est constitué d'une
pièce métallique courbée en U, à la
base de laquelle est fixée une tige métallique, la
queue, qui sert à tenir le diapason à la main ou à
le fixer sur un support.
Frappé d'un coup sec sur l'une des deux
branches, le diapason sonne. Les deux branches du U se mettent alors
à vibrer très rapidement et avec une faible amplitude,
si bien qu'elles paraissent toujours immobiles à l'oeil nu.
Alors, pourquoi le diapason sonne-t-il? Sous l'effet du choc, ses
deux lames métalliques vibrent avec une amplitude d'une fraction
de centimètre : elles se comportent comme des élastiques
ou des cordes de guitare très rigides, dont une extrémité
serait mobile. Par contrecoup, les molécules de l'air situé
à leur voisinage immédiat sont mises en mouvement,
ce qui modifie périodiquement la densité des couches
d'air.
Dans un gaz à température
constante, une modification de densité entraîne aussitôt
une modification de pression qui lui est quasi proportionnelle.
Le mouvement vibratoire des lames du diapason engendre donc une
perturbation périodique de la pression de l'air voisin. Le
son perçu par nos oreilles résulte justement de la
propagation à distance de ces petites variations de pression,
les ondes acoustiques. Nul besoin de dépressions d'ouragan
pour que l'oreille capte un son : une variation de pression un million
de fois inférieure à la pression atmosphérique
suffit.
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Le son
du diapason
Nous
savons tous que le diapason est utilisé pour donner un son
de référence. Pourtant, un diapason musical excité
sans précaution particulière fait distinctement entendre
deux sonorités différentes! Étonnant pour un
instrument de référence... L'une de ces sonorités
correspond à la note la, de fréquence 440 hertz (c'est-à-dire
vibrant 440 fois par seconde), référence en matière
musicale depuis 1939. C'est le même la que vous entendez en
décrochant votre téléphone. L'autre sonorité
est beaucoup plus aiguë et disparaît assez rapidement.
Elle devient inaudible au bout de quelques secondes, alors que le
la 440 peut se faire entendre plus d'une minute.
Pourquoi entendons-nous
deux sons? Mises en mouvement par la frappe initiale, les lames
métalliques vibrent sous l'effet de l'élasticité
des liaisons entre les atomes qui les constituent, et ceci d'autant
plus rapide
1. Les deux premiers
modes de vibration du diapason. Le mode de gauche correspond au
la 440; celui de droite est le mode parasite, que J 'on élimine
presque totalement en frappant au niveau indiqué par la flèche.
ment que les lames
sont courtes. Pour un diapason donné, la forme des vibrations
dépend de la façon dont les lames ont été
frappées. II existe un ensemble particulier de vibrations,
nommées modes propres, dont les combinaisons linéaires
permettent de reconstruire toutes les autres. Les deux sonorités
émises par un diapason frappé sans précaution
particulière correspondent chacune à un mode propre
des lames (voir la figure 1). Les vibrations de ces deux modes se
font dans le même plan et sont symétriques dans un
miroir perpendiculaire au plan du diapason. Dans le mode associé
au la 440, seules les extrémités des lames se déplacent
significativement alors que, pour le son aigu, l'ensemble de la
lame se déforme, à l'exception d'une portion des lames
située près des extrémités, qui reste
pratiquement fixe (les noeuds de vibration). C'est à cet
endroit précis qu'il faut frapper le diapason pour diminuer
significativement l'intensité du son aigu parasite : le choc
force le mouvement de la lame au point d'impact, ce qui n'excite
que très faiblement le second mode. Les lames possèdent
bien d'autres modes propres de vibration que l'on peut ignorer,
car ils sont associés à des sons trop aigus, à
la limite de l'audible, ou encore éliminés par la
simple tenue de la queue avec la main.
La façon particulière
dont vibrent les lames a une conséquence intéressante
sur le champ sonore émis par le diapason
l'émission
du son n'est pas isotrope, comme l'est approximativement le rayonnement
lumineux d'une ampoule. Ce phénomène se constate aisément
en faisant tourner autour de son axe un diapason tenu à bout
de bras : l'intensité du son varie. Lorsque l'oreille est
dans le plan des lames du diapason, le son est nettement audible,
alors qu'il est très faible lorsque l'oreille est perpendiculaire
à ce plan.
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